Entre caillebotis typiques et sentiers mirifiques
Une courte balade aux paysages variés dans la Réserve Naturelle des Hautes-Fagnes belges entre Signal de Botrange et Baraque Michel
La balade
Elle est courte (environ 8 km), mais elle traverse des paysages variés et nous mène à la rencontre de quelques particularités des Hautes-Fagnes.
Au départ du parking du Signal de Botrange nous empruntons un long caillebotis rectiligne jusqu'à la pointe Est de Neûr Lowé qui est une lande marécageuse et tourbeuse, située en Zone B elle accessible sans guide. Nous débouchons sur le Vôye Adam (ou Ancien Chemin de Hockai à Kalterherberg) que nous suivons jusqu'à son intersection avec la N68 (Route de la Baraque Michel). Nous continuons vers Bèleu sur un chemin asphalté, puis vers le Pont de Bèleu qui franchi la Poleûr. Nous bifurquons toutefois sur la droite quelques mètres avant et empruntons un petit sentier escarpé.
La balade prend ici des airs montagnards. Nous nous retrouvons sur un étroit sentier à flanc de coteaux avec sur notre gauche un précipice qui plonge vers le lit de la Poleûr. Nous sommes sur le versant Sud, le plus abrupte de cette vallée asymétrique. Le chemin est traversé par d'innombrables racines d'épicéas qui ajoutées à la déclivité rendent la marche assez délicate. Le point de vue sur la Fagne de la Poleûr (elle aussi située en zone B) est magnifique.
Au sortir de cette vallée nous retrouvons les caillebotis qui traversent une forêt de bouleau et qu'il est préférable d'aborder avec prudence étant donné leur état déplorable. Après quelques centaines de mètres nous prenons à droite pour continuer à remonter le cours de la Poleûr. Le caillebotis est en bien meilleur état et serpente joliment à travers la lande. Après environ 500m nous prenons une nouvelle fois à droite pour rejoindre de nouveau la N68 que nous traversons. Nous retrouvons Neûr Lowè que nous longeons cette fois par son flanc Nord pour rejoindre le Signal de Botrange.
Les Hautes-Fagnes
Comme tous mes articles de blog, celui-ci est destiné à être partagé sur Mastodon. Sur ce réseau je m'adresse potentiellement au monde entier (si je compte bien j'ai des contacts (entre autres) en Allemagne, en France, aux Pays-Bas, au Canada, aux États-Unis et sans doute encore ailleurs), je vais donc resituer un peu la région et expliquer un peu ses particularités géographiques et climatiques.
La région des Hautes-Fagnes (Hohes Venn en allemand) est un territoire qui s'étend de l'Est de la Belgique en province de Liège jusqu'en Allemagne dans la Rhénanie-Palatinat et en particulier l'Eifel.
Les Hautes Fagnes sont situées sur des roches qui datent du début de l’Ère Paléozoïque (ou Primaire). Elles ne sont pas le résidus de montagnes effondrées ou érodées. Il s'agit bien d'un plateau qui au cours des millénaires et au fil des collisions des plaques continentales a subi des immersions dans la mer et des élévations. Il s'est même déplacé puisqu'il y a environ 325 millions d'années il se trouvait au niveau de l'équateur !
Il y a environ 30 millions d'années la mer se retire définitivement, le réseau hydrographique des Hautes-Fagnes se met en place ainsi que l'essentiel de relief actuel. Ensuite (environ 2.6 millions d'années) apparaissent les formes de relief les plus remarquables du plateau: lithalses, vallées asymétriques et pierriers*. Lors de cette balade nous pourrons parcourir les flancs d'une vallée asymétrique le long de la Poleûr, étant donné sa forte déclivité ce passage assez technique est destiné aux randonneurs avertis.
Au regard de son altitude relativement peu élevée (694m au Signal de Botrange, point culminant de la Belgique) le climat est notablement plus froid et humide qu'en d'autres régions situées à des altitudes comparables. Le massif des Hautes-Fagnes est en effet le premier relief rencontré par les nuages d'Ouest chargés d'humidité. Ils se refroidissent, la vapeur d'eau se condense et se transforme en précipitations. Pluies abondantes, brumes et brouillards sont le lot commun de notre région. Les hivers sont longs et les températures y sont notablement plus froides. Cela se ressent sur la végétation et la faune. On y rencontre une flore et une faune d'ordinaire plus typique des régions nordiques ou montagnardes.
* Une vallée asymétrique est une vallée dont le profil transversal montre qu'un des versants est plus abrupte que l'autre. C'est le cas de la vallée de la Poleûr qui est assez impressionnant, le versant Sud étant beaucoup plus abrupt que le versant Nord.
* Les lithalses des Hautes-Fagnes sont (presque) uniques au monde ! Les lithalses ne sont pas des impacts de météorites, mais de véritables cicatrices de la dernière période glaciaire. Le diamètre de ces dépressions est variable et peut atteindre 50 mètres. Leur pourtour est un bourrelet de terre qui s’élève jusqu’à un mètre. Au sein de ces cuvettes plurimillénaires croissent des tourbières. Les lithases belges sont apparues il y a 12.000 ans.
* Les pierriers dans le Hautes-Fagnes sont des accumulations de blocs notamment dans le lit des cours d'eau. Pendant les périodes périglacières lorsque les métériaux arrivaient dans les cours d'eau ceux-ci évacuaient la partie la plus fine de ces matériaux. Il ne reste aujourd'hui que des blocs dont la taille dépasse la capacité de transport du cours d'eau. Très visible dans le ruisseau des Trôs Marèts par exemple.
Quelques liens utiles pour approfondir:
Les lithalses
Les pierriers
La Fagne de la Poleûr a sa propre page Wikipedia
La page de la Station Scientifique des Hautes Fagnes recèle quelques informations intéressantes
Enfin le site de la Société Royale "Les Amis de la Fagne"
Contactez-moi pour obtenir le tracé GPX de cette balade
Quelques images prises par un fraîche matinée de printemps (pour illustration, j'avais oublié mon appareil photo)